17.2.10

Raymonde April- Ou l'accessibilité difficile de l'art conceptuel contemporain



Équivalences
Raymonde April
Commissaire : Eduardo Ralickas

Dans le cadre du 20è d'OCCURRENCE, une exposition en trois volets:
1- Galerie Donald Browne (au Belgo) , du 9 Janvier au 13 février 2010 -bientôt terminé
2- Les TERRITOIRES (au Belgo) , du 9 Janvier au 6 Février 2010 -terminé
3- Occurrence, du 30 janvier au 6 Mars 2010

Pensée pour être exposée dans les trois espaces que sont Occurrences, Les Territoires et la Galerie Donald Brown, cette exposition majeure dans la carrière de l’artiste n’en est pas pour autant une rétrospective. Plutôt, elle tente d’interroger le processus créatif en le traduisant en termes spatiaux (Ralickas. 2010). Raymonde April, photographe originaire de Rivière-du-Loup, n’en est pas à sa première exposition. Cette dernière est le fruit d’une longue et réfléchie sélection au travers de toutes ses archives de photos, mais aussi d’images trouvées.

Les trois espaces d’exposition sont d’une similarité frappante. En série, sur le mur blanc, des photographies sont alignées. Il n’y a pas de titres, pas de descriptifs, pas de rien. Toute la place est ainsi laissée aux images elles-mêmes. Un coin de pièce, un paysage, une scène familiale, un détail de mur, une Chine visiblement en expansion économique. Les sujets sont variés, puisés dans toute l’oeuvre de la photographe, allant du documentaire à l’intimité familiale en passant par le tourisme. Le spectateur, devant ces séries alignées aux murs, est invité à plonger dans chaque univers uniques aux photographies. Impossible de passer à côté d’une réflexion comparative entre elles de par leur juxtaposition. Ainsi, les images trouvées et les photographies de Raymonde April établissent un vocabulaire lorsque réunies, une sorte de grammaire visuelle. De l’état de contemplation face aux images, s’e dégage alors la poésie des motifs et son immatérialité. Le processus de sélection devient alors le pivot central de l’oeuvre.

Le projet fut dès le départ conçut comme un itinéraire, qui entre les trois lieux d’exposition propose à la mémoire du visiteur de macérer. L’exposition fonctionne ainsi : À partir du dialogue silencieux entre les images aux murs, une équivalence se crée entre les trois sections de l’exposition. Ainsi, en parcourant le second et troisième lieu, le spectateur fera l’expérience d’un sentiment de déjà vu. Les photos ne sont jamais les mêmes, mais certains thèmes reviennent, la disposition est semblable, et surtout, le style de l’artiste est constant. Le sens dépend donc du geste de mise en contexte, car aucun message caché, aucune critique sociale, aucuns liens thématiques n’existent entre ces choix de photographies que le choix lui-même. Les possibilités d’interprétations deviennent alors multiples, voire presque infinies. Il y a là une invitation à lire puis relire ces séries d’images, dans un va-et-vient qui enrichit et bouscule nos premières impressions (Delgado, 2010). Le concept d’espace et de tension entre les photographies provoque ainsi un processus de réflexion interne à l’exposition.


Par contre, les critères de sélection du commissaire et de l’artiste étant terriblement personnels, il est difficile pour un visiteur de s’associer au choix des images et aux liens qui les unissent. Une personne extérieure n’aura pas nécessairement les bons outils pour avoir même conscience de ce concept qui reste à la base de l’exposition. La possibilité de libre interprétation ouvre les horizons à tout types de visiteurs, et rends ainsi l’exposition accessible et universelle. Par contre, le concept d’équivalences peut facilement rester en retrait, et complètement échapper aux spectateurs s’ils n’en sont pas éclairés. Il ne resterait alors des images aux murs, nues, présentes que pour elles-mêmes et leurs jouissances esthétiques. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire