19.4.10

Les blogs d'images trouvées et la mort de l'auteur de Barthes

"Found image blogs are a dime a dozen these days, some good, some bad. Most are void of context and are just “pretty things” to look at."-itsnicethat.com


Les années soixante-dix ont vu la génération post-soixante-huitarde s’attaquer au requestionnement des droits d’auteur sur la création. Avec la photographie comme médium favorisé, mais utilisé de toutes les manières possibles, cette génération des images  s’inspirait directement du processus de réappropriation de Marcel Duchamp. Dans une amérique désabusée de l’échec humanitaire face à la guerre du Viet-nam et la commercialisation de la contre-culture issue de 68, les artistes ont tourné leurs réflexions sur cette même cuture capitaliste, consommatrice excessive d’images en tout genre.

Roland Barthes annonce « la mort de l’auteur » en 1977. La production de ces artistes de la réappropriation d’image font un « déplacement de la production à la reproduction ». Une nouvelle manière de contrevenir à l’autonomie proclamée par l’art moderniste, où l’image ne peut exister que par sa référence intrinsèque. Est donc favorisé l’appropriation, le travail en série ou répétitif, la simulation ou le pastiche, pour ainsi subvertir l’autonomie putative de l’oeuvre d’art moderniste . D’après Barthes, « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur ». Ce qui veut dire, dès que l’oeuvre, en l’occurence une image, est dans la sphère publique, elle ne peut plus appartenir à son auteur, car pour vivre elle doit être interprétée par le spectateur. Ce dernier s’approprie, de sa simple lecture de l’oeuvre, toute signification qu’il en juge bonne, et de par le fait même la vie de l’oeuvre. L’auteur ne peut plus interférer. Le propos des oeuvres de ces artistes n’est par exemple pas exclusivement autour de la question d’auteur, mais bien plus ancrée dans une remise en question des valeurs de la culture populaire et de sa sémiotique. En effet, tout comme Prince, par exemple, Cindy Sherman dénonce les valeurs cachées dans la culture visuelle de masse à laquelle tous sont habitués.  


Richard Prince
Untitled (Cowboy)
1983

L’oeuvre de Prince conservée au Musée d’art contemporain de Montréal est un exemple type de sa production. Elle s’inscrit au début de sa carrière, alors qu’il était encore archiviste pour le Time Life Magazine, et avait accès à une immense banque d’images de magazines. Se mettant ainsi à vouloir travailler sur ce contenu, Price proposa un regard différent de l’originel. Ainsi il sélectionna, recadra, et altéra ces images de manière à leur donner un tout nouveau souffle de vie. S’inscrivant dans un contexte où la remise en question de la culture de masses et ses valeurs et au goût du jour, Prince eu une grande production d’oeuvres semblables, dont les iconiques Untitled Cowboys.

Selon Jeffrey Rian, ces images ne sont pas trouvées, mais plutôt choisies.  Il y aurait là toute la différence du processus de conception de l’oeuvre de la part de l’artiste. En d’autres mots, Prince met à l’oeuvre un procédé conscient de sélection d’images en fouillant à travers les archives auxquelles il a accès, dans un but précis. Tout comme les ready-mades de Duchamp, l’objet, ou l’image, n’est pas un choix anodin, c’est le choix de l’artiste.

Aujourd’hui, la réappropriation d’images est beaucoup plus admise au sein d’un processus artistique que dans les années 70-80, paradigme ambient oblige. À l’heure du réseautage et du partage intensif d’images sur internet (lire: web 2.0), la forme de blogue d’images trouvées devient un participant important à ce type de production. Ces blogues anonymes personnels se comptent par milliers, où les internautes se créent un espace d’expression artistique par flux de références visuelles en constante adjonction. Mais ce type de pratique peut-il réellement s’inscrire aux côtés des oeuvres de Prince? La question se pose. Peut-être qu’une éventuelle désinstitutionalisation des pratiques artistiques publiques  pourrait l’utiliser comme éventuel flambeau.

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