21.5.10

Retour sur l’hipsterisme et le cercle vicieux de la contre-culture

Carlos Santana et un chandail du Che


Je crois que j’avance dans mes réflexions.

À force de chercher à tout prix à catégoriser et définir les limites du terme, j’en arrive à y perdre intérêt. J’ai beau prêcher la paroisse du relativisme à chaque fois que je discute, je finis toujours par instinctivement tout vouloir mettre dans des petites boîtes, là dans ma tête, je n’y peut rien. Quoique mon intellect s’efforce de m’y restreindre le plus possible, c’est une bataille intérieure constante. Bref, Après avoir réfléchit sur l’être ou le non-être hipster, je me suis rendue compte qu’en fait je n’était même pas en mesure de donner une définition claire du dit truc. Veut veut pas, le sujet de discution a créer un buzz autour de mes fréquentations, et force fut de constater que personne n’avait la même idée de qu’est-ce qu’un hipster. Je suis retournée lire le texte sur Pop Montréal pour tomber en plein sur : “ Can a word have any currency when it means nothing to most people, and so many varying things to one small slice of society?” . Au final, je crois que je vais effectivement faire fuck off et m’arrêter de chercher quelque chose qui n’existe pas.

Surtout que depuis un moment, je me sens plus directement concernée. Au départ c’était plutôt une blague, mais maintenant il m’arrive de sentir le jugement péjoratif des autres sur ma petite personne, et j’aimes pas ça. Parce que oui, j’avoue être sensible au jugement des autres, qui ne l’est pas.



Bref, fuck la recherche de la définition mère du hipsterisme. Je ne veut plus rien savoir de ce mot fourre-tout. Mais ça ne m’empêche pas de continuer à réfléchir sur la contre-culture et/ou l’avant-gardisme.

La contre-culture, en fait, engloberait le fils de bourgeois qui s’achète un Keffieh au Urban Outfitters mais aussi l’immigré chilien qui a fuit Pinochet et se tient dans les cafés alter-mondialistes, le féru de musique indépendante qui achète des vinyles de bands locaux pour encourager la culture d’ici, et la fille qui fabrique ses vêtements à partir de chiffons des friperies. Comment comprendre ou départager tout ce beau monde, qui ne sont reliés que parce qu’ils n’achètent pas de compilation de Céline à leur mère pour Noel?

D’après moi, je ne vois pas comment on peut mettre dans le même pot les activistes politiques ou du moins des individus ayant un mode de vie consciemment orienté vers une certaine résistance au capitalisme et les apolitiques. Mais c’est justement là que la limite est dure à poser. Le problème de la contre-culture, c’est qu’elle est cool. Ladite fille qui coud ses fringues portait des jupes tailles hautes avant tout le monde, et a fait partie du bataillon trendy qui a inspiré les magasins à vendre un produit adapté à la masse. Au final, en voulant échapper à cette masse, la contre-culturelle n’a fait que créer un phénomène de mode qui a alimenté le marché. C’est un cercle vicieux. Autant l’avant-gardiste veut s’identifier en contraire à la culture de masse, autant son individualité se retournera contre elle et deviendra un facteur de mode. Elle est où la solution? Mais avant tout, c’est quoi le problème? Ah oui, le capitalisme? La société de consommation? Mon intellect s’y perd à ce stade.

Au final, je crois que pour moi, la division est franche entre les trendy apolitiques et les conscientisés. Mais encore là je me mets à construire des catégories alors que moi-même je devrais me situer un plein milieu entre les deux. J’ai beau avoir des convictions éthiques et des opinions politiques assez radicales, je viens quand même de m’acheter un pantalon chez Zara, et je rêve d’une garde-robe remplie de trucs du American Apparel. Tu parles de contradictions.
Je veux lire la société du spectacle.
 
pour plus de lectures;
Urban Outfitters, ses tshirts de gauche et son PDG de droite
La contradiction du tshirt Che Guevara
Revue sur l'essai La Révolte Consommée , que je vous conseille vivement si ces réflexions sont aussi les vôtres.

5 commentaires:

  1. Dans le précédent article sur la chose, il semble avoir été commenté que les hipsters ne sont pas le pilier central de la culture populaire, même si ils encouragent quelquefois certaines de ses composantes. Et évidemment, tout le monde a droit d'être fier de l'archétype qui l'enveloppe.

    Seulement, il semble que toute la réflexion repose sur le fait que les jugements posés sur des gens "en marge" de la société, ça fait bobo.

    Bon; premièrement, pour plusieurs personnes, le terme "hipster" qualifie quelqu'un qui s'identifie à quelque chose qui ne fait pas partie de la culture populaire. D'où l'idée de mettre les engagés politiques et les artistes barbe/lunettes/bérets/jeans tight dans le même pot. Est-ce qu'être hipster a un sens péjoratif? Si certains le croient, ils sont dans le champ. Mais pareil, il y a un truc à clarifier.

    Le jugement est un fucking mécanisme de défense, qu'on essaie de rayer mais qui est indélébile. On peut être sage et tenter d'atténuer notre jugement principal, mais sans plus (exemple: un gars avec des cheveux remplis de gels, des biceps larges comme l'Eurasie pis un chandail Ed Hardy est dans un club. Au départ tu te dis "what a douchebag". Tu peux très bien te dire par la suite "ah, mais peut-être qu'il étudie en actuariat et est super brillant?" Ça atténue ton jugement, mais il reste là). Juger est NORMAL. C'est évident que ça peut être plus pesant pour les hipster qui sont en minorité, mais bordel. Oui vous allez vous faire juger. Et c'est tellement normal, même si c'est con.

    D'ailleurs, vu qu'il semble y avoir plainte contre le jugement, si on parlait du jugement que portent les hipsters eux-mêmes? Bien des méchantes personnes du milieu populaire seront de mon avis: les hipsters ont la manie d'être trèèèèès condescendants. Prétentieux. Tout le reste qui va avec.

    Réveillez-vous. Tout le monde juge tout le monde, vous n'êtes pas les seules victimes seulement parce que vous vous situez en marge de la société. Non, ce n'est pas mauvais d'être avant-gardiste, et ce ne l'est pas plus que de donner un CD de Céline à sa mère pour sa fête. Oui, se sentir jugé n'est pas agréable, mais c'est dans la nature humaine. Par conséquent, ne pas chialer parce que vous n'êtes pas à l'abri.

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  2. et merde, je viens de me rendre compte que j'aurais du écrire ce commentaire dans l'autre article. Anyways, l'idée est là.

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  3. Personnel et intéligent...j'aime. c'est ce texte que tu me disais de lire vendredi ou un autre? p.s.: j'aime les nouvelles couleurs plus sobres et les rollover rose...

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  4. @Anonyme, j'ai tendance à être sur la défensive, instinctivement, c'est vrai. Mais au départ je cherche surtout à réfléchir et mieux comprendre les "phénomènes de société" qui me sont reliés?

    Par exemple je n'ai jamais dit que c'était mal d'avoir des goûts qui suivent les modes, ou que la contre-culture était supérieure à la culture de masse. En tout cas là n'était vraiment pas le but de ce billet.

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  5. Réflexions intéressantes, mais tu ne crois pas que tu te réponds toi-même? Que la « solution » à ce problème est de cesser de vouloir s'identifier à la contre-culture (ou quoi que ce soit d'autre que ses propres goûts) pour développer son individualité? Tu l'as dit toi-même, c'est un cercle vicieux. Ce qui est avant-gardiste est condamné à devenir populaire. Hipster ou non, l'individualité c'est dans la tête que ça se passe, pas dans le look.

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