18.1.11

My culture is not a trend



On est tous remplis de contradictions. Je viens de m'acheter un vieux manteau en laine à motifs géométriques d'inspiration Navajo en même temps que je passe un temps fou à lire sur les appropriations culturelles de l'occident envers "l'esthétique indienne" comme sur ce blog ou celui-ci ou bien encore ici.

La mode contemporaine nage dans les appropriations culturelles de toutes sortes. Du chapeau en fourrure russe au keffieh palestinien, du symbole sacré au motif le plus insignifiant pour la culture d'origine. La plupart ne posent pas (ou plus) de problème éthique (je pense aux tatoos, par exemple), mais d'autres formes d'emprunts méritent un questionnement éthique. Je m'intéresse au cas de l' ''esthétisme'' des autochtones de l'Amérique du Nord.

Ceux qui me connaissent savent que j'apprécie beaucoup apprendre sur les cultures différentes, autant opposées, exotiques, ou connexes à la mienne soient-elles. C'est par curiosité humaine. Et si je porte le keffieh depuis cinq ans, c'est parce qu'un jour j'ai lut tout ce qui m'est tombé sous la main sur le conflict israelo-palestinien et j'ai décidé de prendre position, pas parce que l'autre gars à côté de moi à l'école avait l'air cool avec le sien (ou pour être bien honnête, même si l'honnêteté c'est pas vraiment populaire sur la toile, un mélange des deux). Mais l'important est que je ne suis pas neutre au fait que mon emprunt se doit d'être fait d'une manière respectueuse. Va de même pour les cultures autochtones.



J'ai une très bonne base de connaissances sur la question des Premières Nations, et en présente formation académique. Si on prend l'exemple des imprimés navajos à la mode, eh bien théoriquement le tissage traditionnel pour ces peuples ne contenait pas de fonctions sacrés, et les couvertures servaient à l'usage pratique de se vêtir. Je ne vois pas le mal de reproduire ces motifs, tout comme on reproduit les motifs africains. Pour ce qui est par contre des coiffes de plumes portées par les modèles dans les photoshoots, ce n'est pas fait avec le respect nécessaire puisque ce sont en fait des apparats spéciaux réservés aux leaders de guerre ou aux hommes haut-placés. Les traditions autochtones ne sont pas mortes, contrairement à ce que nos livres d'histoire pourraient nous faire croire, et les objets sacrés d'hier sont encore sacrés aujourd'hui. Je ne suis pas la référence en matière de coiffes mais les blogues tenus par des autochtones leur portent beaucoup d'attention. Allez lire.

Ce que je viens de vous écrire, c'est une justification? Peut-être un peu, mais c'est surtout un point de vue. Et une manière d'aborder la mode. Avec conscience et respect.
Alors d'un côté dans le débat, il y a les revendicateurs de leur culture qui souvent demandent de complètement retirer les inspirations indiennes du commerce de la mode, et de l'autre côté se trouve les défenseurs de la liberté individuelle. Bon, en gros la réponse ''je porte bien ce que je veux, fuckers'' n'est pas la meilleure, mais selon moi on ne peut pas demander aux fashionistas d'arrêter de porter des moccasins non plus. Je suis probablement une exception à la règle, quelque part entre les deux pôles. Je suis du genre à, au moins, aller trouver sur la carte où se situent la nation Navajo et lire quelques lignes sur leur histoire avant de porter leurs traditions.  Il faut traiter ses choix vestimentaires avec soin et conscience de la provenance culturelle du morceau. Et surtout! Il faut écrire en connaissance de cause. Et là, aucune pitié pour les magazines de mode qui mélangent la terminologie, utilisent des appelations dépassées (Squaw, par exemple, est très péjoratif) ou favorisent les stéréotypes. Et ces pratiques sont habituellemrnt la norme, quand on sait à quel point le citoyen moyen ne connait RIEN sur l'histoire et les cultures des Premières Nations.

1 commentaire:

  1. A ce propos, un documentaire des plus pertinent (et percutant) : "If Only I Were an Indian." Réalisé en 1996 par John Paskievich, le film raconte le voyage de trois Amérindiens du Manitoba en République Tchèque pour visiter un "Indian re-enactment camp", sorte de GN à saveur amérindienne avec tipis, apaloosas et beaucoup de plumes. Le spectre d'émotions que ressentent les Amérindiens face à ces "Blancs" vêtus comme leurs ancêtes est fascinant... Il ne faut pas oublier de le remettre en perspective, le documentaire date d'une quinzaine d'années, alors les conditions politiques et sociales étaient pas mal différentes en République Tchèque.

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