9.1.11

portraits d'histoire de l'art : Hygeia de Klimt

Hygeia, détail de La Médecine. 1901. Gustav Klimt. h/t. Détruit en 1945 dans l’incendie du château Immendorf

Klimt est un favori des amateurs d'art, grands connaisseurs et grand public, mais il reste surprenament un personnage peu étudié par l'histoire de l'art. À ma grande désolation, on passe très peu de temps en cours sur la période du tournant du 20e siècle en Arts, aussi riche et florissante qu'elle fut. Je me reprend donc dès que je peux en penchant mes sujets de recherche sur une de mes périodes favorites: l'Art Nouveau.


Le scandale éclate lors d’une exposition de la Sécession à Vienne en 1901 alors que Gustav Klimt expose pour la première fois trois panneaux destinés à orner le hall de l’Université de Vienne. La commande avait été faite pour représenter les quatre disciplines universitaires : La théologie, la médecine, la philosophie et la jurisprudence, dont les trois dernières assignés à Klimt. Jamais vraiment complétés, les tableaux, après avoir étés rachetés par leur créateur puis perdus, ont malheureusement brûlé dans un incendie nazi quelques décennies plus tard. Il n’en reste plus de photographies couleur sauf pour un détail de La Médecine.

La Médecine. Gustav Klimt. Exposée pour la première fois au Palais de la Sécession le 13 Mars 1901. 430x300cm. Huile sur toile. Aujourd’hui détruite.


C’est que La médecine, de pair avec ses deux autres œuvres analogues présentées à l’exposition , ont loin d’avoir fait l’unanimité. La plupart des membres de la sécession viennoise penchaient plutôt du côté de Klimt alors que l’Université de Vienne, mécène, s’est rapidement rangé derrière l’effarement de l’Académie et a qualifié les toiles de « laides » et « pornographiques ».

Gustav Klimt,1898, une des premières affiches pour le mouvement sécessionniste

Au début du siècle à Vienne le monde artistique est hermétiquement gouverné par L’Académie des Beaux Arts et le Künstlerhaus, société d’expositions conservatrice. Il est très difficile de sortir du carcan classique pour les jeunes artistes avant-gardistes. Ceux-ci se rassembleront en 1897 pour fonder l’Association des artistes plasticiens d’Autriche, se publieront dans la revue Ver Sacrum et exposeront dans leur nouveau Palais de la Sécession. Klimt, ayant aussi décoré l’intérieur du palais de fresques, sera le premier président de la Sécession, et gardera un rôle centralisateur durant tout le mouvement viennois du Jugendstil . L’Académie, qui s’est déjà faite produire des fresques dans le style classique par Klimt se voit surprise face à cette nouvelle production beaucoup plus sombre que prévue : « “le triomphe de la lumière sur les ténèbres de l’ignorance″ commandé par le ministère et l’Académie a été transformé en pessimisme visionnaire emprunté à la philosophie de Schopenhauer et de Nietzsche, et observé à travers le prisme de la culture symboliste. ».

Alors que les trois tableaux universitaires sont exposés encore inachevées à la dixième édition de l’exposition de la Sécession, le style propre de l’artiste est encore en gestation. Il ne cessera de retoucher et retravailler les toiles jusqu’en 1907, presque vingt ans après que la commission de l’Université de Vienne ait commandé la décoration du plafond du Grand Hall. Les trois œuvres sont un tremplin pour Klimt qui commence à s’épanouir dans son style symboliste très personnel. Dès la fondation de la Sécession, il délaisse donc complètement sa production académique pour élaborer un vocabulaire pictural particulier qui lui est propre. Rapidement après les trois toiles universitaires, Klimt plonge dans sa phase « dorée », style à la foi décoratif et abstrait misant sur un symbolisme inspiré des penseurs contemporains et une ornementation géométrique colorée .

La médecine, La philosophie et La jurisprudence, ont toutes trois fait acte de premier symbole de la sécession viennoise. Avec Gustav Klimt comme homme de front, le mouvement a réussi à ouvrir les horizons de l’avant-garde en Autriche alors que tous les yeux étaient rivés sur Paris. On annonçait ainsi l’Académie comme une institution retardée, fermant les yeux sur la nouvelle production artistique nationale. Il était temps de suivre le début des révolutions artistiques de l’Europe qui dureraient tout le long du XXe siècle, le tout dans un style national, apparenté au Jugendstil allemend.

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