18.3.11

Portraits d'histoire de l'art : Guernica de Picasso


« Dans la lutte actuelle, je vois, du côté des fascistes, les forces dépassées par le temps, de l’autre côté, le peuple dont la puissance créatrice est en train de donner à l’Espagne un nouvel essor qui étonnera le monde » - Joan Miró


Une oeuvre MAJEURE de l'art moderne du 20e siècle. Peut-être aussi une des oeuvres sur lesquelles on a le plus écrit. Si le sujet vous intéresse, c'est très facile de creuser très loin. Je vous en parle parce que The Sartorialist vient de publier cette photo, qui me rappelle encore une fois à quel point la mode et les beaux arts peuvent bien communiquer et s'entremêler (on se rappelle de la dernière collection de McQueen) :

Contexte historique et politique
En 1936 l’Espagne entre en guerre civile, le pays est plongé dans la violence et la peur. Dès lors, certains artistes s’exilent du pays pour fuir le chaos. La plupart du monde artistique reste en retrait et se mêle le moins possible au conflit. Mais certains d’entre eux, volontairement ou touchés malgré eux par la guerre, s’impliquent dans la politique. Entre autres, Masson, Miró, Dalì, Picasso, et autres artistes surréaliste jouent un rôle majeur de sensibilisation face à la situation critique du pays. À travers leurs œuvres avant-gardistes, et avec l’aide des affiches de propagande sur les murs de la rue, l’art des années 30 en Espagne est saturé de messages à diffuser.

La guerre civile était déjà bien entamée lorsque l’Espagne républicaine décida à la dernière minute de participer à L’Exposition Universelle qui avait lieu cette année-là à Paris. Plutôt que de se définir en tant que puissance économique comme les autres nations, elle choisi de présenter ses avant-gardes culturelles et artistiques sur le premier plan. Le pavillon, conçu par Luis Lacasa et Joseph Lluis Sert, contenait des œuvres notamment de Julio Gonzàlez, Alberto Sanchez Pérez, Alexander Calder, Joan Miró et Pablo Picasso. Le gouvernement républicain en place sentit le besoin de toucher l’Europe en faisant état des atrocités qui se déroulaient à l’intérieur de la nation. Ce fut un cocktail réussi de propagande à destinée internationale.

Le rôle primordial de la culture dans le combat de la République pour la liberté devait être explicite. Garmonal Torres développe l’importance de l’omniprésence du patrimoine lors de l’exposition: « For the Republic, Culture (with a capital C) was made the great totem on which a consciousness of unity was erected ending in an absolute identification of the terms, Culture and Republic » . L’effort de la part du peuple espagnol pour défendre leur indépendance et la paix à travers le monde fut mis de l’avant grâce à la forte rhétorique des propositions exposées. Le programme était varié, rempli d’œuvres locales et diversifiées, tant qu’elles supportaient formellement le côté républicain.



Un mois avant l’ouverture de l’Exposition, Picasso pensait encore exposer des toiles tournant autour du sujet du modèle et de son peintre, jusqu’au jour où la nouvelle du bombardement du village de Guernica se rendit à ses oreilles. La commande du gouvernement était simple mais claire : un tableau d’histoire de grand format, idéologique, légal et technique. Ni le sujet ni la forme ne furent imposés. Mais il est certain que Picasso était conscient du geste posé par la réalisation d’un tel tableau. Il dira plus tard à propos de Guernica: « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre, offensif et défensif, contre l'ennemi. »

Symbolismes
La signification profonde des éléments représentés a d’autant plus grande importance quand on connaît le nombre de dessins préparatoires produits et les changements rigoureux que subit la composition lors des différentes étapes de création. Par exemple, durant les premières ébauches, Picasso figurait au centre du tableau un poing fermé, bien levé vers le ciel en signe de révolte populaire. Que ce symbole de lutte et d’espoir finisse par disparaître totalement de la composition finale implique bien le désir de l’artiste à ne laisser aucune trace d'aspiration vers une victoire probable. Seuls le chaos et l’accablement restent, au milieu de cette guerre.

Le symbolisme derrière le taureau et le cheval a longtemps été discuté parmi les historiens de l’art, et même aujourd’hui le voile du doute n’est pas complètement levé. Picasso lui-même a affirmé vouloir représenter le peuple par le cheval, et la brutalité et l’obscurité par le taureau. Mais cette explication ne semble révéler qu’un seul niveau de lecture du tableau, et laisse libre à l’interprétation la vaste gamme expressive et symbolique de ces deux allégories.

Portée
La portée significative de Guernica ne fut pas en fait de représenter avec exactitude le bombardement du village basque. Il est clair que l’artiste n’est pas passé par les études historiques et géographiques du village et de l’événement pour arriver à sa représentation. Mais en intitulant son tableau de cette manière, le lien causal est direct, et laisse aussi la liberté au tableau d’évoquer une thématique plus globale et rassembleuse. Effectivement, la douleur humaine transposée dans ces corps endoloris, meurtris par un conflit interne inter-reliant dans sa composition fortement complexe ordre et désordre, construction et déconstruction.

Ce furent plutôt les intellectuels qui soutenait Picasso qui donnèrent à Guernica toute sa lancée politique, en exposant le tableau partout dans les grandes villes américaines, le profit envoyé aux réfugiés de la guerre civile situés hors du pays. La portée humaniste de la murale réussit à rejoindre les spectateurs, et rapidement elle devint un des forts symboles de la lutte contre le Fascisme, non pas par son contenu explicitement révolutionnaire, mais par son universalité touchante. La gauche politique revendiquait la diversité culturelle comme un joyaux à défendre contre l’autoritarisme, et dans cette optique il était aisé de rapproprier plusieurs formes d’art variées, dont Guernica, à sa cause. Évidemment Picasso entendait passer un message politique dans son œuvre, mais ce ne fut qu’avec l’engouement autour de celle-ci que ce fut vraiment possible, et malgré cela Guernica n’arrêta aucunement les violences faites durant la guerre civile, et ne pu empêcher les horreurs de la Deuxième Guerre Mondiale. On peut se souvenir comme anecdote, que lors du vote à l'ONU sur la résolution concernant la guerre en Irak en 2003, des représentants américains demandèrent de cacher une reproduction du tableau qui logeait sur les murs.

2 commentaires:

  1. Bravo à ton blog que je découvre en faisant une recherche sur Guernica !
    C'est tout ce que j'aime : art, mode, etc... à déguster régulièrement !
    Le mien wenekaa.canalblog.com où j'ai mis des photos de ma dernière création en couture d'après Guernica justement...

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  2. moi aussi jai beaucoup aimé ce site ;D

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