27.9.11

Louboutin et ses chef's d'oeuvres

Voici la suite de mes talents d'iconographe dignes d'une héroine d'un roman de Dan Brown (ma carrière a débuté avec la dernière collection de feu McQueen ), cette fois-ci pour une collections de souliers Louboutins. Autant le jeu de la recherche iconographique m'amuse, autant je reste perplexe quant à l'utilisation de ces toiles historiques pour en pervertir le sens vers l'incitation à la dépense complètement déraisonnée de souliers pour des milliers de dollars...

Ce n'est pas la première fois que la marque de luxe utilise le même concept. Mais suite à la saison précédente des natures mortes , sans plus tarder (mais avec déjà beaucoup de retard), je vous présente mes analyses et commentaires sur la campagne publicitaire Hiver 2011:

L'emprunt, du moins pour Louboutin, est parfait. À la lumière de la chandelle du soir, une jeune fille belle et sensuelle en complète méditation devant une paire de talons (sincèrement affreux, cela va sans dire). Marie Madeleine est, respectueusement à son habitude, représentée les épaules dénudées et les cheveux lousses. C'est l'épisode biblique de la repentance, d'où les attributs iconographiques du crâne et de la chandelle, de la croix, de la corde et des évangiles. Le crâne et la chandelle sont utilisés dans la pure tradition du Memento Mori; souviens-toi que la mort nous guette tous, la vie est fragile, etc.
Pour une recherche iconographique approfondie du personnage le plus controversée de la bible: Marie-Madeleine: figure mythique dans la littérature et les arts Par Alain Montandon

De la Tour a peint plusieurs Madeleines semblables, dont deux versions quasi-identiques. Il semble que la flamme de la version Louboutin indique que l'association soit faite à La Madeleine de Los Angeles plutôt que celle de Paris:


Georges de la Tour, Madeleine à la veilleuse, circa 1640-45,
 huile sur toile,128 x 94 cm, Musée du Louvre, Paris


Georges de la Tour, Madeleine à la flamme vascillante, circa 1640
huile sur toile, 117 x 92 cm, Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles



Un choix esthétiquement compréhensible, mais historiquement douteux. Ce portrait est certes considéré comme ''une célébration de l'abolition de l'esclavage dans les colonies par la Révolution française'' (Wikipedia), ça ne l'empêche pas de poursuivre dans les clichés de la beauté noire au corp dénudé et exotique.. Quoique représentée dans des habits antiques grecs dénotant le haut statut du personnage et le respect lui étant accordé, d'autant plus que l'artiste est une femme (et je dois dire que la toile originale dégage un plus grand respect de la féminité que la version Louboutin un peu trop... quelque chose), je reste perplexe. Déjà, le soulier est moins pire.


Marie-Guillemine Benoist, Portrait d'une négresse, 1800,
huile sur toile,  81 cm × 65 cm,  Musée du Louvre, Paris
 
 
Encore une fois, on adapte le vieux tableau à la sensualité 21e siècle: un peu plus de poitrine et de peau luisante. Pour une sainte, Dorothée de Césarée semble un peu plus allumée que normal..
La légende selon wikipedia nous raconte qu'elle mourut vierge et décapitée, une vraie martyr: ''Elle fut amenée devant le préfet Sapricius, passa en jugement, fut torturée et condamnée à mort. Alors qu'on la menait au supplice, l'avocat païen Theophilus lui dit pour se moquer d'elle : « Nouvelle épouse du Christ, envoie-moi quelques fruits du jardin de ton époux. » ''. Est-ce là un soulier du jardin de Jésus?
 

Francisco de Zurbaràn, Sainte-Dorothée de Césarius, 1648,
huile sur toile, 180,2 x 101,5 cm,

Et que dire du portrait de l'allégorie la plus populaire de la famille puritaine américaine! Difficile de mieux dériver le sens de la toile originale qu'en y insérant au centre de la composition un objet de consommation des plus futiles. Ou peut-être que l'on pourrait poser un regard différent sur cette mise en scène de la part de Louboutin en l'analysant en tant qu'actualisation des valeurs représentatives de la société américaine (On voit toujours ce que l'on veut voir, n'est-ce pas?)


James McNeill Whistler, Whistler's Mother, 1871,
 huile sur toile, 144 x 162 cm, Musée d'Orsay, Paris
 
 
vous pouvez voir toutes les autres photos ici.
Est-ce que les créateurs ont réfléchit plus d'une demi-seconde en choisissant ces tableaux pour leur campagne? Leurs choix ont-ils été faits en fonction des figures représentantes d'avancées féministes ou plutôt sur des formes, des couleurs et des mises-en-scènes variées dans leur simple ''look''? Est-ce que je sous-estime le monde de la pub?

1 commentaire:

  1. Merci pour ces échos entre pubs et peintures. C'est vraiment très intéressant !!!

    RépondreSupprimer