18.10.11

Occupy Montreal: l'esthétisme de la contestation et comment faire concorder ses idéaux et son quotidien


Occupy Montréal
Samedi matin, je me suis réveillée trois minutes avant mon cadran. Ça ne m'arrive que quand je suis stressée de peur d'arriver en retard à un truc ou alors quand je suis trop excitée. Routine: journal, café, déjeuner, et attention particulière à mes choix de vêtements. Mais pas comme d'habitude: ce matin-là, je n'ai enfilé que du noir. Et j'avais les papillons en appliquant mon eyeliner noir. J'avais les papillons en empochant une collation et des gants pour deux avant de refermer la porte d'entrée. J'avais les papillons en marchant vers le métro, beaucoup trop consciente de l'effet de ma tenue, rehaussée par un keffieh, aux codes sociaux biens établis. J'avais les papillons dans le métro, en regardant les passagers au regard effacé. J'avais envie de crier Wake-up! Métro Square Victoria. Je sors. J'ai les papillons.


Société de consommation
Je suis autant paradoxale que n'importe qui d'autre quand on compare ce que je dis et ce que je fais. Pour ma part, le discours anti-capitaliste et la surconsommation de vêtements sont au centre de ma problématique personnelle. Je l'ai toujours accepté, mais je suis aussi capable de me mobiliser socialement et politiquement dès que je sens que mon action pourrait s'inscrire dans un mouvement plus grand. Bref, je ne suis pas leader, mais au moins je suis dans ceux et celles qui suivent de près. Et là, Occupy, je ressens un genre d'adrénaline dans l'arène politique citoyenne. Ça ne m'a pas pris plus de dix minutes de réflexion pour me dire qu'il était temps que je fasse concorder mes idéaux et mes actions, que je fasse ma part pour diminuer mon impact sur l'écologie, que je lutte contre la surconsommation et les bases mêmes de la société du progrès. La décroissance économique et la justice sociale, j'ai envie d'y croire.
Alors voilà une de mes contributions personnelles à la mouvance. Arrêter d'acheter des vêtements pendant six mois, le temps de me distancier de la consommation à outrance. Prendre ce temps et cet argent pour élaborer des projets artistiques et consommer de la culture et du local: lire, acheter plus souvent l'Itinéraire, ouvrir les yeux, etc.


photo: jamie nyc

Aliénation médiatique
Je crois que les détracteurs et les sceptiques du mouvement Occupy ne comprennent pas l'empleur du problème décnoncé et la fougue qui anime ses activistes. Je crois que leurs réflexions sont alimentés par leur aliénation due au contrôle incroyable que les médias possèdent. Mais je crois surtout qu'il s'agit d'avoir une vision d'espoir de se voir accomplir le changement. Certains l'ont, d'autres non. Devinez qui reste à la maison. Le néo-libéralisme, le capitalisme, et aussi la démocratie représentative, je crois qu'on arrive à bout du roulot. C'est le temps d'essayer autre chose, si vous voulez mon avis, même si c'est pas demain la veille qu'on pourra vraiment dire: ok, on a changé de paradigme.


L'esthétisme de la contestation
Le Yarn Bombing est l'exemple de la démocratisation du street art à son meilleur, si vous voulez mon avis. Et voilà une autre de mes contributions à la lutte actuelle. La créativité et le politique en un. tout type d'art est suceptible d'être insufflé de politique, mais le street art est particulier dû à son statut illégal. L'existance même d'art dans la rue est un geste contre la loi- et subséquemment un geste politique. Oui, le tricot-graffiti aussi, tout aussi innofensif qu'il puisse paraître. De son accessibilité, le tricot devient le médium parfait d'une réelle démocratie artistique- où chacun peut participer à la production artistique humaine et au tissage d'une toile sociale plus forte. Plus d'une douzaine de personnes ont contribuées de près comme de loin à l'élaboration, la plannification, le montage et la documentation de cet ouvrage collectif. Ça, c'est un vrai moment d'art social que je garderai comme fier accomplissement dans un coin de mon coeur.


Épilogue - Occupy Wall Street
01-11-11-- Le parc Zucotti, c'est ce que tout le monde en dit, mais en mieux. Les similarités avec notre propre petite commune montréalaise sont frappantes, mais pas surprenantes. Après tout, nous faisons parti du même mouvement. Et c'est là que j'ai compris la beauté de l'échelle de Occupy.

Suite à mon retour de NYC, je ne cesse de me requestionner sur mon éthique personnelle. "J'ai toujours eu des valeurs et des opinions très tranchées sur la justice sociale et l'écologie- mais quels sont mes gestes qui prouvent mes réelles allégations?" Tranquillement, je trouve ce que je cherche. Je vis un réel retour aux sources. Ferme ta tv, lâche les blogs de mode, donne de l'argent à Greenpeace, va dormir au square Victoria, achètes plus de légumes et moins de viande, tricote plus vite...
Reste à savoir combien de temps ça va durer. 

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